jeudi 2 avril 2015

Parler ou écrire ?

Parler tous les jours et pourtant ne rien dire. Ecrire au matin, au petit bonheur le jour. Pour ébruiter le fracas de la nuit. De ses solitudes infinies. Fraîches renoncules. Bourgeons de rêves. Voix cauchemar. Et puis soudain. Réveil.

Parler ou écrire.

Il est des mots qui s’expulsent par tous les trous du corps. Suintant leur malaise. En leurs jaculations- langage, triturées, pétries, élémentaires conjugaisons au neutre-masculin. Et sur ce compost de sonorités, de formes et d’odeurs. Virtuelles. Mais oui toutes virtuelles. Faux se prenant pour du vrai. Bras dessus- bras dessous. Semant les graines. D'un Matériau Médée. Faisant corps à l’autre moitié du ciel, face à terre.

Qui a peur de Circé, d’Hécate et de tous ces matériaux-femme ? « Vous autres femmes, êtes excessives » écrivait-il. En ce bruissant murmure venu de la mer.


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Médée, Pasolini, La Callas

C’était dans l’arrière-scène. Où résonnent les voix-sirènes. Dans leurs vêtements-silence. En amont d'un dire-insomnie.

C'est une histoire à dormir debout. Avec son regard ouvert sur la nuit. A sa bouche d'ombre, gronde un temps d'avant les mots.







En écho au blog de Giordano Mariani, Extemporalitas.

dimanche 8 février 2015

Les chaises, sur une photo d'Anna Jouy



Ils sont partis. Et n'ont laissé que leurs chaises. 

Il n'y a plus rien.
Si ce n'est la lumière qui blanchit. Et l'eau qui poudroie. Les pieds. Les branches. Et puis les pierres. 

Et des mots de sel. Morsures de l'aube. Du jour. De la nuit. Rondes de la mémoire qui passe. Et perle. Goutte à goutte. Et pousse. Le filet de la langue.

J'ai beau regarder. 

Seulement du vide. Et un peu de silence. 

L'hospitalité du monde ne dure pas. Vieillir à deux contient peut-être une espérance. Celle de repousser la solitude. Face au vide. Et son clapotis dans les veines de l'oubli. Sonne le rappel. Il fait entendre dans le coeur. De son phrasé de vagues. Un : "Je me souviens. D'une nature belle, feuillue, exubérente. De sa vie si sûre. Dansant sur des marches de granit rose. Se jouant des racines glissantes. Dangereuses. Glissando de la vie. Doucement. " 

Mais il ne reste que des mots. Qui s'envolent. Et puis s'embrouillent. Ils racontent leur diaspora. Polyphonie d'outre-mer. Incrustée de ses fruits. Confitures du temps. Saveurs de la vie. Qui racontent. Et croustillent. Les dimanches de la vie.








dimanche 1 février 2015

Le monde est devenu fable. Sur des photos de Brigitte Celerier



Le monde est devenu fable. Dialogue de choses. Peu importe sa langue. 

De roches, de mousses ou de lanières. Bleu ciel ou bleu feuille. Il lacère la terre.

Essaimant ses microrécits. De son regard d'enfance, sur une feuille sèche, un pissenlit naissant. Il lève des vallées, des montagnes et puis des lacs enfouis. Dans le seul interstice d'une pierre. Origine du monde.






Il parle ce matin, la langue-fracasse-formes. Fabrique de néologismes. Et soudain il se croit libre. En compilant des mots. En vrac. Noms communs se prenant  pour des noms propres, verbes sans sujet qui font tourner la tête. Empreintes remplies de matière.

Que fore l'acide. Pique-trous, creuse-abîmes, racines-tuffeau.

 Ce serait une ouverture troglodyte. Vers l'écrire de solitude. 

Mot à mot.

A tâtons.

Dans la neige d'un regard ami.

Il fouille doucement la langue de la nuit.


samedi 31 janvier 2015

Ramifications numériques dans l'ombre du monde, Sur une photo de MC Grimard



Droite. Gauche.
Embranchements binaires. Ramifications numériques irruptives. Armatures, dures, hirsutes, hérissons. Lecture-rayure d'un miroir horizon.

Ou l'un ou l'autre.
Ni l'un ni l'autre.
Il faut choisir son chemin.

Mais voilà le vent,
Défile-nuages.
Saute-mouton.
Frise-vagues.

Et juste derrière.
Tapi dans les pliures du monde.
Le bruissement. Sans cesse.
Sur le roc dur. De la barrière-corail. En sa matière brute. Floutant le souvenir.
Glissant hors des branches mortes-quadrillage.

Effluves. Embruns. Odeurs animales. Etoiles desséchées. Crissant dans le sable. Crépitements-Soie. Palourdes salées. Enfouies. Dans les fissures de la mer.

Et de leur eau.
Lourde, si lourde,
S'écoule l'ombre du monde.






mercredi 28 janvier 2015

Facettes abeille d'un regard industrieux, Sur une photo de Dominique Hasselmann





Carrés, rectangles, lignes.
Tous les matins.
Les balcons s’y mirent. Et les histoires dégringolent les étages.
Immeuble-Pérec.
Perdant dans les escaliers.
Une signature au devant.
Croix du X. Rouge fragile. Dans son panneau vacillant.
Face au regard passant.
Sur son radeau du temps.

Débris-miettes- fragments.

Facettes abeille d'un regard industrieux.
Vigile.







Sur une photo de Dominique Hasselmann

lundi 26 janvier 2015

La ballade de la licorne, sur des photos de Jan Doets

Ailes dans le ciel. Flottant en-deçà des nuages lumière.
C’est une licorne. Lançant son vol-crépuscule. Dans son habit blanc-soie de Siam. De son toit disparu. Elle scrute le ciel, les bâtisses et puis leurs lettres. Tapie sur l’envers du monde. Prenant le temps à rebrousse-écaille. En des langues qui s’étiolent. Pâles éclats de nacre. Morsures-pensées. Sur les images du présent.
C’est une licorne. Ebréchée. Mais le vide de sa corne-fumée. Pénètre des ogives étranges. Sourcils  froncés. Regard perçant. Elle expulse. Chants, encens, exigences, astringences. Tous périmés. Dépassés. Butant contre des murs qui n’existent plus.
C’est une licorne. Posée là. Le temps de lisser ses plumes. Au-delà des brouhahas de la vie. Laissant s’éloigner. Coqs de Siam, carpes épineuses et leurs mirages de lunes. Le temps est passé.

Mais le monde résonne toujours de sa musique de pierre.






Sur des photos de Jan Doets







samedi 24 janvier 2015

Sur une photo de Bona Mangangu




C’est une lumière qui capture le regard. Eblouissante. Sidérante. Pointue. Aveugle-rétine. Et puis son grain apparaît. Il raconte les ombres, les formes et les reliefs. Tout en rondeurs. Parfois en éclairs. Hirsute, dans ses tâches de craie. Ourlant ses voisines dures. Feldspath. Que détaille le regard studieux… Mais nul ne sait.
C’est un blanc tacheté. Ombre devant. Il accommode ce qui échappe au loin. Et voilà qu’une histoire apparaît. Cosmopolite lumière. Déracinant le regard de ses attaches familières.
Mais là-bas, n’est-ce pas lui encore, en ces stries de rosée ? Traînant dans ses pinceaux, ses seaux de garance. Tendresse oubliée. Mélangée. Transformée. Souffle devenu. Et puis disparu. Car il n’y en a jamais eu.
C’est une trouée de ciel. Infime. Lacune de blanc infini. Transparent. Vide. Réserve aux mille couleurs. Attendant ses larmes de mousson.
Soudain. Le regard s’arrête. Mousse. Matière. Aspérités. Des traînées étranges racontent une autre romance. En harmoniques-clarté. Que les langues de la matière conjuguent.
C’est un fantasme de roche. Polymorphe. Hospitalier.
Fait de lumières. Et d’ombres feutrées.
C’est une histoire susurrée à l’ombre des rochers.
Elle tourne dans le vent.
Cris de mouettes.
Encore.




Photo de Bona Mangangu.


vendredi 7 novembre 2014

Eurekà de l'altérité


C'est dans ces échanges improbables qu'aventure le net que sont nés ces textes.


Merci à Giordano qui les a conjugués en italien sur "Extemporalitas". Paris abrupts de traduction.



Et qui en a extrait chaudes couleurs, de son point de vue. Grand merci Giordano !



http://www.extemporalitas.org/eureka-de-lalterite/
http://www.extemporalitas.org/devenir-terreau-dune-autre-langue/

samedi 1 novembre 2014

L'aventure de la lettre




"L'écriture commence où finit la psychanalyse[1]"J’ai su au moment où j’ai lu cette phrase, qu’il ne s’agissait pas tant de l’impuissance de la psychanalyse à traiter de certaines choses. Ce qui n’excluait pas le fait non plus que certaines choses lui étaient impossibles. Mais j’ai su qu’elle avait cette capacité à laisser ouverte l’aventure de la lettre. De pouvoir l‘accueillir. La lettre féminise. En son accusé réception. Dans cette grammaire au féminin. Et ce rapport proximal avec la langue de l’inconscient, dégagée de la gangue qui rendait inaudible sa voix.
Puis est venu le temps de la méfiance envers une certaine jouissance esthétique. Un rythme m’échappait parfois. Mais une fois écrit, voilà que je n’en voulais plus. Il me fallait changer de rythme, chercher autre chose. L’écriture s’est ainsi modifiée sans que je ne me rende compte. Au fil des jours. Au fil aussi de la lecture de blogs amis. Leur présence à tous m’a modifiée comme leur travail avec le langage. Je les en remercie. Blog de Jan Doets qui m’a accueillie en son «  refuge pour les dépaysés ». Blog-laboratoire. Au fil des mois. Où mon écriture m’est devenue parfois étrangère à moi-même. Extimité qui me traversait de part en part. Eurékà de l’altérité.
Ecrire en langue. En immersion dans le langage. Souricières du désirs, de formes, de redondances, avec parfois des ratages qui font, dans les oreilles, comme le crissement de pneus qui dérapent sur le gravier. Ils ont beau vouloir dire et dire encore, mais les mots grésillent parfois. J’ai trouvé en eux, parfois, des figures brûlantes de vérité. Et elles ont carbonisé les lignes que j’avais l’habitude d’écrire. Plus de trace aucune jusque dans la mémoire. Pulvérisées. Jusque dans leur ombilic même. 
Cendres chaudes, venues de strates que j’oubliais au fur et à mesure, et leur vide m’allégeait. Elles suivaient une dérive que je n’arrivais pas à saisir, sur ce que certains nomment le « fleuve du devenir ».
Je regarde l’eau du fleuve. Tous les matins. Essayant de m’en pénétrer.
Ecrire en langue était ma première certitude. Travail de la langue. Poésie qui n’est certainement pas rhétorique, mais seulement joie simple des mots qui ne baignent plus dans les sens familiers.
C’est ce métissage expérimental que j’ai essayé de réunir. Non dans une logique de textes. Il n’y en a pas. Mais ils me sont apparus au contraire, superpositions, géologies, fractales, d’un parcours, espaces, temps, brouillés, décalés. Chaque texte m’est apparu comme une étape d’un chemin de randonnée, GR du rêve, errant le long du rivage. Alors j’ai vu pousser des gargotes où il était possible de s’arrêter. Un instant. Ah, déguster des madeleines qui n’ont jamais existé mais qui voudraient, chacune à elle seule, faire apparaître la fleur de sel du langage, sa morsure sur la peau des mots. Ambitieuses délicatesses.
J’ai alors vu boiter sur le chemin de halage, s’en allant de dos, cahin-caha, bras dessus-bras dessous, des poésies en rébus.  Rebuts obliques et ironiques. Paroles en connivence avec le silence. Lumières et nuits de l’âme. J’ai alors pris ma lampe torche et j’ai essayé de les suivre.




                                                    GR du rêve.

Tableau - Ancienne Carte po128
 



1. S André, Flac, récit suivi de  " l'écriture commence où finit la psychanalyse", Que,  p 149.