dimanche 1 février 2015

Le monde est devenu fable. Sur des photos de Brigitte Celerier



Le monde est devenu fable. Dialogue de choses. Peu importe sa langue. 

De roches, de mousses ou de lanières. Bleu ciel ou bleu feuille. Il lacère la terre.

Essaimant ses microrécits. De son regard d'enfance, sur une feuille sèche, un pissenlit naissant. Il lève des vallées, des montagnes et puis des lacs enfouis. Dans le seul interstice d'une pierre. Origine du monde.






Il parle ce matin, la langue-fracasse-formes. Fabrique de néologismes. Et soudain il se croit libre. En compilant des mots. En vrac. Noms communs se prenant  pour des noms propres, verbes sans sujet qui font tourner la tête. Empreintes remplies de matière.

Que fore l'acide. Pique-trous, creuse-abîmes, racines-tuffeau.

 Ce serait une ouverture troglodyte. Vers l'écrire de solitude. 

Mot à mot.

A tâtons.

Dans la neige d'un regard ami.

Il fouille doucement la langue de la nuit.


samedi 31 janvier 2015

Ramifications numériques dans l'ombre du monde, Sur une photo de MC Grimard



Droite. Gauche.
Embranchements binaires. Ramifications numériques irruptives. Armatures, dures, hirsutes, hérissons. Lecture-rayure d'un miroir horizon.

Ou l'un ou l'autre.
Ni l'un ni l'autre.
Il faut choisir son chemin.

Mais voilà le vent,
Défile-nuages.
Saute-mouton.
Frise-vagues.

Et juste derrière.
Tapi dans les pliures du monde.
Le bruissement. Sans cesse.
Sur le roc dur. De la barrière-corail. En sa matière brute. Floutant le souvenir.
Glissant hors des branches mortes-quadrillage.

Effluves. Embruns. Odeurs animales. Etoiles desséchées. Crissant dans le sable. Crépitements-Soie. Palourdes salées. Enfouies. Dans les fissures de la mer.

Et de leur eau.
Lourde, si lourde,
S'écoule l'ombre du monde.






mercredi 28 janvier 2015

Facettes abeille d'un regard industrieux, Sur une photo de Dominique Hasselmann





Carrés, rectangles, lignes.
Tous les matins.
Les balcons s’y mirent. Et les histoires dégringolent les étages.
Immeuble-Pérec.
Perdant dans les escaliers.
Une signature au devant.
Croix du X. Rouge fragile. Dans son panneau vacillant.
Face au regard passant.
Sur son radeau du temps.

Débris-miettes- fragments.

Facettes abeille d'un regard industrieux.
Vigile.







Sur une photo de Dominique Hasselmann

lundi 26 janvier 2015

La ballade de la licorne, sur des photos de Jan Doets

Ailes dans le ciel. Flottant en-deçà des nuages lumière.
C’est une licorne. Lançant son vol-crépuscule. Dans son habit blanc-soie de Siam. De son toit disparu. Elle scrute le ciel, les bâtisses et puis leurs lettres. Tapie sur l’envers du monde. Prenant le temps à rebrousse-écaille. En des langues qui s’étiolent. Pâles éclats de nacre. Morsures-pensées. Sur les images du présent.
C’est une licorne. Ebréchée. Mais le vide de sa corne-fumée. Pénètre des ogives étranges. Sourcils  froncés. Regard perçant. Elle expulse. Chants, encens, exigences, astringences. Tous périmés. Dépassés. Butant contre des murs qui n’existent plus.
C’est une licorne. Posée là. Le temps de lisser ses plumes. Au-delà des brouhahas de la vie. Laissant s’éloigner. Coqs de Siam, carpes épineuses et leurs mirages de lunes. Le temps est passé.

Mais le monde résonne toujours de sa musique de pierre.






Sur des photos de Jan Doets







samedi 24 janvier 2015

Sur une photo de Bona Mangangu




C’est une lumière qui capture le regard. Eblouissante. Sidérante. Pointue. Aveugle-rétine. Et puis son grain apparaît. Il raconte les ombres, les formes et les reliefs. Tout en rondeurs. Parfois en éclairs. Hirsute, dans ses tâches de craie. Ourlant ses voisines dures. Feldspath. Que détaille le regard studieux… Mais nul ne sait.
C’est un blanc tacheté. Ombre devant. Il accommode ce qui échappe au loin. Et voilà qu’une histoire apparaît. Cosmopolite lumière. Déracinant le regard de ses attaches familières.
Mais là-bas, n’est-ce pas lui encore, en ces stries de rosée ? Traînant dans ses pinceaux, ses seaux de garance. Tendresse oubliée. Mélangée. Transformée. Souffle devenu. Et puis disparu. Car il n’y en a jamais eu.
C’est une trouée de ciel. Infime. Lacune de blanc infini. Transparent. Vide. Réserve aux mille couleurs. Attendant ses larmes de mousson.
Soudain. Le regard s’arrête. Mousse. Matière. Aspérités. Des traînées étranges racontent une autre romance. En harmoniques-clarté. Que les langues de la matière conjuguent.
C’est un fantasme de roche. Polymorphe. Hospitalier.
Fait de lumières. Et d’ombres feutrées.
C’est une histoire susurrée à l’ombre des rochers.
Elle tourne dans le vent.
Cris de mouettes.
Encore.




Photo de Bona Mangangu.


vendredi 7 novembre 2014

Eurekà de l'altérité


C'est dans ces échanges improbables qu'aventure le net que sont nés ces textes.


Merci à Giordano qui les a conjugués en italien sur "Extemporalitas". Paris abrupts de traduction.



Et qui en a extrait chaudes couleurs, de son point de vue. Grand merci Giordano !



http://www.extemporalitas.org/eureka-de-lalterite/
http://www.extemporalitas.org/devenir-terreau-dune-autre-langue/

samedi 1 novembre 2014

L'aventure de la lettre




"L'écriture commence où finit la psychanalyse[1]"J’ai su au moment où j’ai lu cette phrase, qu’il ne s’agissait pas tant de l’impuissance de la psychanalyse à traiter de certaines choses. Ce qui n’excluait pas le fait non plus que certaines choses lui étaient impossibles. Mais j’ai su qu’elle avait cette capacité à laisser ouverte l’aventure de la lettre. De pouvoir l‘accueillir. La lettre féminise. En son accusé réception. Dans cette grammaire au féminin. Et ce rapport proximal avec la langue de l’inconscient, dégagée de la gangue qui rendait inaudible sa voix.
Puis est venu le temps de la méfiance envers une certaine jouissance esthétique. Un rythme m’échappait parfois. Mais une fois écrit, voilà que je n’en voulais plus. Il me fallait changer de rythme, chercher autre chose. L’écriture s’est ainsi modifiée sans que je ne me rende compte. Au fil des jours. Au fil aussi de la lecture de blogs amis. Leur présence à tous m’a modifiée comme leur travail avec le langage. Je les en remercie. Blog de Jan Doets qui m’a accueillie en son «  refuge pour les dépaysés ». Blog-laboratoire. Au fil des mois. Où mon écriture m’est devenue parfois étrangère à moi-même. Extimité qui me traversait de part en part. Eurékà de l’altérité.
Ecrire en langue. En immersion dans le langage. Souricières du désirs, de formes, de redondances, avec parfois des ratages qui font, dans les oreilles, comme le crissement de pneus qui dérapent sur le gravier. Ils ont beau vouloir dire et dire encore, mais les mots grésillent parfois. J’ai trouvé en eux, parfois, des figures brûlantes de vérité. Et elles ont carbonisé les lignes que j’avais l’habitude d’écrire. Plus de trace aucune jusque dans la mémoire. Pulvérisées. Jusque dans leur ombilic même. 
Cendres chaudes, venues de strates que j’oubliais au fur et à mesure, et leur vide m’allégeait. Elles suivaient une dérive que je n’arrivais pas à saisir, sur ce que certains nomment le « fleuve du devenir ».
Je regarde l’eau du fleuve. Tous les matins. Essayant de m’en pénétrer.
Ecrire en langue était ma première certitude. Travail de la langue. Poésie qui n’est certainement pas rhétorique, mais seulement joie simple des mots qui ne baignent plus dans les sens familiers.
C’est ce métissage expérimental que j’ai essayé de réunir. Non dans une logique de textes. Il n’y en a pas. Mais ils me sont apparus au contraire, superpositions, géologies, fractales, d’un parcours, espaces, temps, brouillés, décalés. Chaque texte m’est apparu comme une étape d’un chemin de randonnée, GR du rêve, errant le long du rivage. Alors j’ai vu pousser des gargotes où il était possible de s’arrêter. Un instant. Ah, déguster des madeleines qui n’ont jamais existé mais qui voudraient, chacune à elle seule, faire apparaître la fleur de sel du langage, sa morsure sur la peau des mots. Ambitieuses délicatesses.
J’ai alors vu boiter sur le chemin de halage, s’en allant de dos, cahin-caha, bras dessus-bras dessous, des poésies en rébus.  Rebuts obliques et ironiques. Paroles en connivence avec le silence. Lumières et nuits de l’âme. J’ai alors pris ma lampe torche et j’ai essayé de les suivre.




                                                    GR du rêve.

Tableau - Ancienne Carte po128
 



1. S André, Flac, récit suivi de  " l'écriture commence où finit la psychanalyse", Que,  p 149.

jeudi 30 octobre 2014

Architectures déstructurées

Où allez-vous bras dessus- bras dessous ? Mécanique désossée jusqu'à la moelle. Rien que des histoires à raconter. Minuscules. Dérisoires. Rien de rien. Mais le rien est révolu. Et il n'en savait rien. Il avait oublié d'où il venait. Et il s'est déshabillé jusqu'à se désosser. En pensant  dire la vérité.

Au seuil du vide. Un petit tour tout de même, m'sieurdame ! Un petit tour. Pour s'étourdir.
Et tous les jours, dans les oreilles. Toutes ces paroles qui bourdonnent. Venues d'une autre scène. Et qui défont les frontières. Câblages déstructurés. Entre deux chambres tôles ondulées.


Elles se cherchent. Une âme, un corps, une vérité,  pour vivre un peu tout de même. Avec la femme et l'homme, et l'enfant et le chien, sans compter la paille des lignes.



Des histoires encore des histoires. Grondant derrière les scènes de la nuit. Dans les draps durcis de sueur. Travaillant le rêve, torturant le langage.

             

 Elles ont mêlé le sucré et l'amer.

Mais tout cela survivra-t-il, si ce n'est qu'artifices de forme ?

L'on sait bien. Qu'au bout, oui au bout.  Oui mais quand même.

 Encore un petit tour. Oui tout de même.

Toutes ces histoires sans histoires. Qui n'échappent pas aux refrains. Dérisoires ritournelles. Elles cherchent. Y croient. Sans jamais s'y croire. Juste le temps de le dire. Et d'en prendre acte. Y. En

Ânesses en déroute.

A nouveau jouissives. 

Petites vies de pages blanches.

Qui...

Un petit tour et puis s'en vont.















mardi 28 octobre 2014

Ecrire, l'inconscient dans la main ?

Avoir tant parlé et puis dire encore. Jusqu'au roc dur de ce qui est possible de dire. A en user les mots, délier les phrases, éroder les habitudes. Et venir effriter les habits de l'être. 

J'avais espéré que se lève le silence. Et pouvoir écrire enfin. L'inconscient logé dans la main. Libre. En rébus, à saute-mouton, sur les vagues du langage.



Et voilà que s'envolent les significations usuelles. Poésie à la lampe de Psyché. Dans la joie d'Eros. En délicatesse avec les sens du monde. Nouveaux sens insensés. A revisiter. A inventer. A tisser. Etoffe sans joliesse. Sur une langue rugueuse.

Après la parole, écrire ? Avec l'inconscient en lampe torche. Et la solitude au fond des mots. Cicatriser, panser, rêver peut-être. Encore un effort. A la lettre. Jusqu'à l'oblique. Là où tombe le mot. Puis une couleur, et puis un son. Incidents. Ah, je rêve d'une musique qui danserait les mots. Pour leur donner enfin. Ne serait-ce qu'un peu de corps. Semblant au vernis de chairs délicieuses, perlant d'histoires à fleur de peau, et  habillant le squelette de l'âme.





Natures mortes. Pelures de l'existence. Petites histoires de rien.

Rien de rien...











Chardin. Prunes et pêches.

dimanche 19 octobre 2014

Le blog comme laboratoire

Une amie m'a envoyé un texte qu'elle avait écrit, il y a longtemps. Toujours d'actualité, m'a-t-elle dit. C'est sans doute ce qu'on nomme le hors-temps. Il y était question de silence, de blanc, de vide. Texte ténu, entre géométrie et finesse, l'un désignant la terre de l'autre dans son étrangeté.

J'ai pensé à toutes ces anecdotes enfouies au fond de nos nuits. Dérisoires et si pourtant elles contenaient toute la vie, dans ses éclaboussures de jouissance, ses fanfreluches périmées et leur note animale, insistante, familière. Sans foi ni loi. Musique barbare au coeur de l'humain. Devenue seulement bruits que le silence ensevelit. Dégustation des vieux rêves de la vie, que ne vous fait-on pas dire ?

Je suis revenue vers le silence. Je m'y suis blottie. Face au blanc et aux échos venus des nuits endormies, là où devait naître la pureté de leur semblant, sont venus en cohorte, mots, phrases. Dans la solitude des lettres. Elles ont dansé sans fin, devant mes yeux. Et je n'ai pas su avec elles, broder au moins une histoire, une seule. J'ai raturé, gribouillé, effacé.  Restes et débris. Tous riaient au fond de la  poubelle. 

J'ai voulu  écrire. Ecrire. Encore écrire. Il y eut soudain devant mes yeux, un passage de lettres en poste restante, aux adresses improbables.


J'ai déchiffré leurs timbres, leurs pays et puis encore leurs dates, le cachet de la poste faisant foi dit-on. Mais de quoi ? Une ombre  passe. Histoires, histoires que tout cela. Effacées. L'une après l'autre. Que recueille le blog au fil des saisons. Laboratoire. Expérimentations.  Empilements. Consignes de l'invention. Hésitantes.Trébuchantes. Dépôts.




Ecrire comme une main tendue vers l'autre. Cet ami logé dans le blanc du silence. Assis sur ses nuages numériques. Et qui parfois répond. 

Et de ces lettres au panier, je me suis fait des cocottes, des avions, et puis des chaises, des tables et puis des chardonnerets, des fruits et des fleurs impossibles.
Origami de la vie. Qui rit et s'ébaudit. Mais revoilà encore les fossés et les ornières où butent les histoires. Manro de l'impossible...





Ecouter le silence, espérer sa connivence avec la parole. Une main tendue vers.

Un jour peut-être.